Aujourd’hui, la fibre s’est tue. Ou peut-être hier. Je ne sais plus vraiment.
Sans le flux, le temps coagule. Les heures s’étirent, bavent et s'effacent. Tout ce que j’hébergeais ici — mes serveurs, mes données, ce bruit de fond qui me sert de compagnie — s’est volatilisé. Dissous dans une abstraction silencieuse.
On se croit à l'abri derrière nos scripts de backup et nos onduleurs. Conneries. La technologie est une illusion de contrôle. Il suffit d’un technicien fatigué ou d’une pince coupante dans une armoire de rue anonyme pour que la réalité reprenne ses droits. Le silence.
Alors il ne reste qu’à observer sa propre déconnexion. Attendre qu’un opérateur, quelque part dans une tour de verre, se souvienne qu'on existe.
Quatorze jours. C’est le verdict. Quatorze jours à regarder la LED orange du modem pulser comme une veine malade. À rafraîchir l’interface d’admin comme on secoue un cadavre pour voir s'il respire encore. C’est long, une vie à l'arrêt.
Je n’ai pas attendu la grâce. J’ai cherché ailleurs. Bouygues. Une offre sans gras. Pas de décodeur TV, pas de fioritures, pas d'engagement. Juste du tuyau.
Le technicien est arrivé. Pas de sourire commercial, juste des gestes. Précis. Méthodique. Le type connait son métier : il teste, il soude, il fait gaffe à pas débrancher les voisins — une politesse rare dans ce monde de brutes. Un ballet froid et efficace.
Et soudain, le jus revient. La connexion s’éveille. Pas de fanfare. Juste le retour du signal.
La box est là, verticale, sobre. Elle s’installe sans cérémonie. Fibre, Ethernet. On branche, ça clignote. L’écran tactile te crache un QR code pour le Wi-Fi, mais on s'en fout. Ce qui compte, c'est ce qu'elle a dans le ventre.
L’interface d’administration ne te prend pas pour un idiot. C'est clair, c'est net. Tu ouvres tes ports, tu retrouves tes habitudes. Le Wi-Fi fait le job pour les téléphones, le reste passe par le câble, comme il se doit. Le décodeur ? Évaporé. Le superflu a dégagé devant l’évidence : on veut de la stabilité, pas du divertissement.
Reste ce détail : le speedtest intégré ment. Il n'affiche pas la réalité du débit. Caprice technique. Pour savoir ce qui passe vraiment dans les tuyaux, il faut sortir son propre matos. Mais on ne va pas chipoter.
Le tarif est ridicule. Presque suspect pour une ligne qui tient la route. On se demande où est l'arnaque, mais on savoure le silence de la machine qui marche.
Il n’y a rien à recommander. Je ne suis pas un panneau publicitaire. C’est juste le constat d’un retour à la normale. Une box qui ferme sa gueule et qui laisse passer les données. Sans bruit. Sans éclat. Avec cette certitude tranquille que, pour l'instant, le monde est de nouveau connecté.
